|

Roussette, l’écureuil, une faîne bien mûre entre les dents, sautille de branche en branche, la queue relevée en panache qui s’épanouit au-dessus de sa petite tête et se déploie en gracieux parasol.
Les branches légères fléchissent sous son poids tandis que l’habile jongleuse détend ses muscles pour se projeter de plus en plus haut. Elle se dirige, à toute vitesse, vers la lisière du bois où elle cache ses noisettes et ses faînes, en vue de ses provisions d’hiver.
Pour Roussette, le moment de la récolte a surgi avec l’arrivée des premiers froids de septembre. Finies pour elle les longues journées de jeux dans les hautes branches des chênes, les cabrioles fantastiques et les sauts périlleux.
La moisson s’annonce bonne pour elle. Bientôt, les petits fruits bien mûrs tomberont des arbres et faciliteront sa tâche. Le froid glacial et les premières neiges surgiront et viendront, éventuellement, la confiner dans sa demeure hivernale.
Pour le moment, Roussette n’a aucune inquiétude. Son logis d’hiver est soigneusement matelassé de mousse et de feuilles sèches et son petit grenier commence à se remplir de provisions diverses.
C’est là que Roussette retourne à chaque voyage, une noisette ou une faîne dans se petite gueule. Sitôt arrivée, elle repart aussitôt, sautillante et joyeuse, toute occupée dans sa besogne. Roussette a agi ainsi la saison précédente et, à chaque année, ce sera le même rituel, après qu’elle aura délaissé sa maison d’été, une sorte de nid de mousse suspendu à la fourche d’un chêne, où elle abrite ses amours saisonniers.
Dès que ses petits sont élevés, Roussette retourne à sa vie de solitaire, à ses jeux et à ses journées sous le soleil, dégustant les fruits de la forêt et s’aventurant parfois dans les prés où elle s’empiffre de cerises bien mûres.
L’écureuil retrouve quelquefois ses compagnons de jeux. Ils grimpent alors aux arbres, se poursuivant de leurs petits cris joyeux, plus à l’aise sur les crêtes vertigineuses que sur la terre ferme. Du haut de leurs perchoirs, Roussette et ses compagnons dressent leur petite tête au vent et, curieux, filent aussitôt dans la direction d’un bruit suspect, leur queue largement ouverte, voltigeant en éventail autour de leur corps.
Roussette a, par le passé, entendu le coup de tonnerre qui a arrêté brusquement un de ses compagnons, sans qu’elle en soupçonne la provenance. Elle a suivi, sans n’y rien comprendre, les gestes du chasseur, tenant à l’épaule un long bâton et, par la suite, elle a vu l’homme épauler son fusil et tirer sur un lièvre, fuyons! Fuyons tant qu'il est encore temps la fête est fini.

|